Chronique d’une infirmière libérale

Caroline quarantenaire, divorcée et mère de quatre garçons, était infirmière en CHU en soins palliatifs durant 5 ans. Cette fonction lui a permis de comprendre les signes du corps que le patient senior ne verbalise pas toujours, de lui apporter des réponses avec empathie et bienveillance. Aujourd’hui, en se tournant vers le libéral, elle entretient une relation plus étroite avec le patient ce qui lui permet d’apprendre beaucoup de ces patients, mais également, d’apprendre à mieux se connaître elle-même.

Journée type d’une infirmière

  • 6h45 : Première visite, homme seul de 90 ans (toilette)
  • 7h30 : Deuxième visite, couple (Alzheimer et sénilité) de 72 ans (toilette et distribution des médicaments)       
  • 7h50 : Troisième visite, femme seule (administration de gouttes aux yeux)
  • 8h : Quatrième visite, femme de 95 ans seule souffrant de Parkinson
  • 9h-13h : Cinquième visite, 5 patients au sein d’une résidence services (toilettes et médicaments)
  • 15h30 : Reprise du travail de terrain après avoir géré les tâches administratives sur le temps de pause.
  • 19h45 : Fin de la journée 35 visites au total et chaque jour se répète au même rythme

Les tournées se modifient en permanence, de nouveaux patients arrivent, d’autres ne sont plus pris en charge. Certains sont incapables de rester à domicile, il faut alors trouver une place en EHPAD, au moyen d’un signalement auprès des services publics tels que les CCAS. La relation de confiance s’établit très vite en libéral, dans l’intimité de leur maison, les patients souvent isolés se livrent davantage, sans réserve. C’est un rapport humain très enrichissant. Chaque patient attend « Caro » avec la même attente, ils échangent sur le quotidien de chacun avec bienveillance et portent une attention toute particulière aux « bobos » de l’âme.

L’humanitude, une philosophie !

Caroline pratique l’humanitude au quotidien, cette méthode passe par le regard, la parole et le geste non pas « utilitaire » mais de tendresse, si cher aux personnes âgées. Pour certains, sorti du rituel des soins, ils ne quittent plus leur lit. Si l’état physique le permet, Caroline les installe dans leur fauteuil et revient en fin de journée, pour les coucher. La verticalité est une position importante pour la personne quel que soit son âge pour conserver sa dignité.

Évidemment, il est plus simple pour le soignant de maintenir la personne couchée. L’ergonomie à domicile est un grand point faible pour les soignants car le poids répétitif des soignés rend la tâche épuisante et douloureuse. Malgré cela, Caroline s’attache à ce principe car selon une étude, dans 83% des soins considérés difficiles, 50% sont améliorés de façon très significative en pratiquant l’humanitude. Les personnes âgées, expriment leur sensibilité en affichant un visage détendu et en souriant lors des soins.

Un choix de vie engagé

Être infirmière est un choix de vie, on donne beaucoup de soi car le maintien à domicile peut être un choix pour certains mais il est subi par beaucoup d’autres qui n’ont pas les moyens d’aller en EHPAD. Le degré d’autonomie et de dépendance deviennent alors relatifs. Exécuter les soins quotidiens est le point de départ de la rencontre mais le lien social qui se créé, l’attachement qui en découle sont le ciment de la relation qui se tisse entre le soignant et le soigné, qui a pour seule visite quotidienne, celle de « Caro ».

Le bonheur du métier tient dans le fait d’aider les autres dans le respect et la bientraitance de la personne. Mais aussi, pour la joie procurée en passant la porte de la maison. L’aspect fondamental pour la pratique de ce métier en libéral est de savoir décrocher, concevoir que la mission s’arrête pour reprendre le lendemain. Savoir scinder le professionnel du privé. La démarche est plus aisée en structure hospitalière ou en EHPAD car on fait partie d’une équipe. Le maintien à domicile n’est possible que par l’investissement de ces professionnels engagés auprès des personnes âgées, un face à face quotidien empli de tendresse.

FrenchSpanish