Les addictions en EHPAD, un sujet sous-estimé

L’être humain est dépendant par nature. Dépendance à l’alcool, nourriture, substances illicites, relations humaines… la notion de dépendance est associée à celle du plaisir et nous n’y échappons pas, l’être humain est épicurien. Certains sombrent dans l’addiction, les autres restent sur la base d’une consommation maîtrisée. La fragilité psychologique est souvent en cause. Les deux périodes les plus fragiles de l’existence sont l’adolescence et le vieillissement. En prenant l’exemple d’un individu alcoolique, il ne va pas s’arrêter quand il rentre en EHPAD.

Serveur d'un bar remplissant un verre de bière

Que se passe-t-il pour ces seniors ?

La difficulté pour les EHPAD est la prise en charge de la personne âgée au quotidien. L’alcool est la cause directe et indirecte de plus de 60 maladies, les EHPAD prennent en charge les soins mais ils n’ont pas la capacité humaine de s’occuper de la conduite addictive du patient. Les qualités d’hébergement en structures induisent le respect de la personne et de son intimité. Le lieu de vie que représente la chambre est un espace de liberté, la personne alcoolique est respectée dans son individualité au même titre que les personnes non addictives. C’est donc la problématique pour ces EHPAD qui ne sont pas spécialisés ni formés à la gestion des conduites addictives au sein d’une structure qui accueille largement tous les seniors.

Conséquences de l’alcoolisme

Chez les seniors, l’usage d’alcool excessif peut avoir commencé tôt dans leur parcours de vie mais d’autres y trouvent refuge face à la solitude et l’ennui, au décès d’un proche mais aussi lors de l’arrêt brutal de la vie active. Dans un article récent publié dans la revue « Gérontologie et société », le Docteur Michaud estime qu’ une dépendance tardive qui débute vers la soixantaine est assimilable à une alcoolisation aigüe dont les conséquences peuvent être dramatiques, et qui peut être associée à la prise de médicaments. L’addiction est difficile à déceler car les personnes âgées sont souvent seules et ne réclament pas d’aide. 11% des hospitalisations des plus de 65 ans concernent une pathologie liée à l’alcool. Son usage excessif agit sur les fonctions cognitives et notamment la mémoire épisodique, aggrave les syndromes gériatriques des activités de la vie courante, favorise les chutes et complications post-traumatiques. Le maintien à domicile est alors impossible mais les structures d’accueil adaptées si peu nombreuses. La méconnaissance des comportements addictifs, le manque de personnel entraînent des situations complexes familiales car où placer son parent souffrant d’alcoolisme quand les EHPAD refusent la prise en charge faute de moyens adaptés ? Les aidants sont confrontés à la souffrance de leur aîné, l’absence de solution rendant chacun démuni. L’hospitalisation devient alors l’alternative mais ce placement est limité dans le temps et les conditions d’hébergement ne sont pas adéquates.

portrait noir et blanc d'un senior fermant les yeux

Des lieux adaptés aux seniors alcoolo-dépendants

La consommation excessive d’alcool chez les personnes âgées de plus de 65 ans est un problème de santé publique à ne pas négliger. La problématique est celle d’envisager l’interdiction de l’alcool au sein des EHPAD. Seulement, les résidents consommant peu et avec plaisir s’en trouveraient privés. La liberté serait en jeu face à une interdiction pour le résident dépendant de l’alcool qui se trouverait en phase de désintoxication non prise en charge. Les uns comme les autres subiraient une situation inadaptée. L’EHPAD se doit d’assurer la protection et la sécurité de ses résidents en termes de moyens et non d’interdictions. Des structures adaptées dans les EHPAD tels que des unités « pour les seniors avec des addictions » seraient peut-être une piste envisageable mais la réalité du terrain est plus pragmatique : chaque structure s’adapte à la population de seniors accueillis, à l’appréciation de la direction et des groupes qui encadrent les équipes.

Rédaction : Véronique J